Témoignage Charissa Moorrees (27 ans) : "Faites-vous dépister. Quand c'est trop tard, c'est trop tard "

Charissa Moorrees (27 ans) est une étudiante en sciences religieuses et en assistance spirituelle. 
Quand elle arrive, on remarque d’emblée son large sourire et ses boucles rebondies. Elle veut raconter son histoire pour attirer l’attention des gens sur la maladie qui sommeille en elle. Elle veut porter un décolleté sur la photo... tant qu’elle a encore sa poitrine.

« Il y a quelques mois, on m’a diagnostiqué une mutation du gène CDH1. C’est héréditaire. Concrètement, le risque de cancer gastrique diffus est de 70 % et celui de cancer du sein de 50 %. Après le décès de ma tante et le diagnostic chez mon cousin, notre famille a commencé à subir des examens. Nous sommes cinq enfants à la maison. Trois sont positifs, un négatif et le cinquième doit encore passer les tests. Ma vie est détruite depuis que j’ai entendu le verdict. Je suis si jeune. J’étudie, je vis seule et j’aimerais avoir des enfants. Je dois faire mon deuil.

Ma famille et mes amis tentent de le comprendre, mais je suis seule. Le cancer gastrique diffus héréditaire est impossible à dépister. On ne le découvre que lorsqu’il est déjà métastasé. On n’en guérit pas. Cette idée m’est insupportable. »

C’est pourquoi Charissa a décidé, il y a quelques semaines, de subir une gastrectomie totale, qui sera suivie d’une double mastectomie préventive. « Ma vie va changer. Je devrai manger sept fois par jour, en petites quantités. Je vais perdre beaucoup de poids, manquer de vitamine B, arrêter le sport… J’ai peur de ce que sera ma vie après les interventions. Aujourd’hui, je suis décidée. Demain, j’aurai peut-être des doutes. Je préférerais reporter les opérations pour pouvoir faire des choses agréables. Aller au restaurant, vivre ma jeunesse, me coucher sur le ventre… Pour mes seins, j’ai rendez-vous chez le chirurgien plastique prochainement. Je n’échapperai pas à l’amputation ; nous devons surtout parler de la reconstruction. Si ce n’est pas la poitrine qui définit une femme, elle n’en est pas moins importante. »

Les démarches sont psychologiquement lourdes pour Charissa. « Vous avez le choix, mais pas tout à fait… Je pleure beaucoup. Mais il faut aller de l’avant. Impossible de fuir, car ce gène est en moi. C’est mon destin. Je ne le contrôle pas, mais je peux tout de même choisir la manière d’y faire face.

Je privilégierai toujours ma santé. Au final, j’ai juste envie de vivre. J’espère que les gens y réfléchiront à deux fois quand ils auront mal à l’estomac ou qu’ils sentiront une boule au niveau du sein. Et qu’ils seront attentifs au lien qu’il peut y avoir entre les deux. Faites-vous dépister. Quand c’est trop tard, c’est trop tard. »

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